Elisabeth Kübler-Ross « La mort, dernière étape de la croissance » Edition du Rocher

Ω Oméga

Il n’est nul besoin d’avoir peur de la mort. Ce n’est pas de la fin du corps physique qu’on devrait s’inquiéter. Il vaut mieux s’occuper de vivre tant qu’on est en vie, de libérer son soi intérieur de la mort spirituelle où l’on tombe en vivant derrière une façade faite pour se conformer aux définitions extérieures de ce qu’on est, de qui on est. Chaque humain né sur cette terre a la capacité de devenir une personne spéciale et unique, différente de toutes celles qui ont existé ou existeront jamais. Mais dans la mesure où nous devenons prisonniers de comportements et de rôles définis culturellement, où nous devenons des stéréotypes et non nous-mêmes, nous bloquons cette capacité d’actualisation de nous-mêmes. Nous nous empêchons de devenir tout ce que nous pourrions être.


La mort est la clef qui ouvre la porte de la vie. C‘est en acceptant la finitude de l’existence individuelle qu’on peut trouver la force et le courage de rejeter ces rôles et attentes extrinsèques et consacrer chaque jour de sa vie, si longue qu’elle soit, à croître aussi pleinement que possible. Il faut apprendre à utiliser ses ressources intérieures, à se définir selon son propre système d’évaluation intérieur plutôt que d’essayer de se conformer à un rôle stéréotypé quelconque.

C’est pour une part la dénégation de la mort qui fait mener aux gens ces vies vides et sans but ; car en vivant comme si on allait vivre toujours, il est trop facile de remettre à plus tard ce qu’on sait devoir faire. On vit dans l’attente du lendemain ou le souvenir du passé et entre-temps chaque jour se perd. Celui qui, au contraire, comprend que le jour auquel il s’éveille pourrait être le dernier prend le temps de croître ce jour-là, de devenir lui-même et de rejoindre les autres.

Il est urgent que chacun s’engage à cette croissance, peu importe combien de jours, de semaines, de mois ou d’années il lui reste à vivre. Nous traversons une époque d’incertitude, d’angoisse, de peur et de désespoir. Il y est essentiel de prendre conscience de la lumière, du pouvoir et de la force que l’on porte en soi et de mettre ses ressources intérieures au service de sa croissance propre et de celle des autres. Le monde a un besoin désespéré d’humains dont le niveau de croissance personnelle leur permet de vivre et de travailler avec les autres dans la coopération et l’amour, de s’occuper des autres - non pas de ce qu’ils pensent de vous ou de ce qu’ils peuvent vous faire, mais de ce que vous pouvez faire pour eux. Envoyez aux autres de l’amour et le reflet de cet amour vous reviendra ; le comportement d’amour fait grandir et briller d’une lumière qui éclaire les ténèbres de l’époque où nous vivons, que ce soit dans la chambre d’un mourant, sur une rue du ghetto de Harlem ou chez vous.

L’humanité ne survivra que grâce à l’engagement et à l’implication des individus dans leur propre croissance, à leur propre amélioration et à celle des autres. Il faudrait pour cela que se développent parmi tous ses membres des relations d’amour et d’affection où chacun s’engage autant à la croissance et au bonheur des autres qu’au sien propre. L’engagement de l’individu à sa croissance personnelle est sa contribution à la croissance et à l’évolution de l’espèce entière, pour que l’humanité devienne tout ce qu’elle doit être. La mort est la clef de cette évolution. Car ce n’est qu’en comprenant le vrai sens de la mort dans l’existence humaine que nous trouverons le courage de devenir ce que nous sommes destinés à être.

Quand les hommes comprendront leur place dans l’univers, ils seront capables de croître pour assumer cette place. Mais la réponse n’est pas dans des mots, sur cette page. La réponse est en vous. Vous pouvez devenir la source et le canal d’une grande force intérieure. Mais il faut tout abandonner pour tout gagner. Que faut-il abandonner ? Tout ce qui n’est pas le vrai soi ; tout ce qu’on a choisi sans choisir, ce qu’on estime sans l’avoir estimé, ce qu’on accepte à cause d’un jugement extrinsèque plutôt que du sien propre ; tout le doute qui empêche de se faire confiance, de s’aimer soi-même et d’aimer les autres. Qu’y-t-il à gagner ? Rien que son vrai soi ; un soi en paix, capable d’aimer vraiment, d’être aimé et de comprendre ce pourquoi il est fait. Mais on ne peut être soi-même qu’en étant personne d’autre. Il faut renoncer à « leur » approbation, quels qu’ils soient, et se fier à soi-même pour juger du succès ou de l’échec selon ses aspirations et ses valeurs propres. Rien n’est plus simple et rien n’est plus difficile.

Où trouver la force et le courage de rejeter ces définitions extérieures de soi-même et de choisir plutôt la sienne propre?

Tout est en nous, si nous n’avons pas peur de regarder. La mort peut nous montrer le chemin, car en sachant et en comprenant complètement que notre temps sur terre est limité et que nous n’avons nul moyen de connaître le moment de notre fin, nous devons vivre chaque jour comme si c’était le seul. Il faut prendre maintenant le temps de devenir soi-même, pas à pas, à une vitesse qui ne fasse pas peur mais donne la hâte du pas suivant. La pratique de la compassion, de l’amour, du courage, de la patience, de l’espérance et de la foi amène en récompense une conscience sans cesse plus grande de l’aide qui vient quand on cherche en soi-même la force et le conseil. Quand un être humain « trouve le lieu de calme et de paix le plus haut dont il est capable, les influences célestes se déversent en lui, le renouvellent et l’emploient au salut de l’humanité ».

La mort est la dernière étape de la croissance en cette vie. Il n’y a pas de mort finale. Seul le corps meurt. Le soi ou l’esprit, peu importe comment on l’appelle, est éternel. A chacun sa façon d’interpréter cela.

On peut si l’on veut voir l’essence éternelle de son existence comme l’effet de chacune de ses attitudes et de chacune de ses actions sur tous ceux qu’on rencontre, puis sur ceux qu’ils rencontrent et ainsi de suite, longtemps après la fin de sa vie. On ne connaîtra jamais, par exemple, les effets à long terme d’un sourire et des mots d’encouragement qu’on donne aux êtres avec qui on vient en contact.

On peut trouver plus de bien-être et de consolation à croire qu’il y a une source de bonté, de lumière et de force plus grande que chacun de nous mais inhérent à chacun de nous et que chaque soi essentiel a une existence qui transcende la finitude du monde physique et contribue à cette puissance supérieure.

Dans ce contexte, on peut voir la mort comme le rideau qui sépare l’existence dont nous sommes conscients et celle qui nous reste cachée jusqu’au lever du rideau. L’ouvrir symboliquement pour comprendre la finitude de l’existence connue et apprendre ainsi à vivre au mieux chaque jour, ou l’ouvrir réellement à la fin de l’existence physique, peu importe. Ce qui compte, c’est de voir qu’en comprenant pleinement ce que nous faisons ici et ce qui se passera quand nous mourrons, nous trouvons notre but comme êtres humains, qui est de croître, de voir en nous-mêmes et d’y trouver cette source de compréhension et de force qu’est notre moi intérieur, d’offrir aux autres l’amour, l’acceptation et le conseil patient et de garder espoir en ce que nous pouvons devenir tous ensemble.



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